Comptes de campagne présidentielle 2027 : ce que change l'ouverture du 1er avril
Qu'est-ce qu'un compte de campagne présidentiel ?
Un compte de campagne est un document financier officiel qui retrace l'ensemble des recettes et des dépenses engagées par un candidat en vue d'une élection. Pour la présidentielle, il s'agit d'une obligation légale encadrée par le Code électoral et contrôlée par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), autorité administrative indépendante créée en 1990.
Chaque candidat doit désigner un mandataire financier chargé de gérer ce compte : c'est lui qui reçoit les dons, contracte les prêts et règle l'ensemble des dépenses. Le candidat ne peut pas gérer lui-même ses finances de campagne. Le compte doit ensuite être déposé à la CNCCFP après le second tour, certifié par un expert-comptable, la commission l'approuve, le réforme ou le rejette, ce qui détermine le remboursement par l'État.
Pour en savoir plus sur les candidats qui se soumettront à ces règles, consultez les fiches candidats d'ÉlyséeScope.
Pourquoi le 1er avril 2026 est une date clé
La loi organique fixe l'ouverture des comptes de campagne présidentielle à un an avant le scrutin. Comme le premier tour est attendu au printemps 2027, le 1er avril 2026 marque le début de la période officielle de financement.
À partir de cette date, toutes les dépenses engagées en vue de la présidentielle doivent être consignées dans le compte de campagne, et ce même si le candidat n'est pas encore officiellement déclaré. Un déplacement pour un meeting, l'impression de tracts, des frais de communication numérique : tout entre dans le périmètre dès ce jour.
Cette règle s'applique à tous les partis. Le Rassemblement national, par exemple, consigne toutes ses dépenses depuis le 1er avril au nom de Jordan Bardella, avec la possibilité de les rattacher a posteriori à un compte Marine Le Pen si son appel aboutit favorablement lors du jugement attendu le 7 juillet 2026. Les candidatures et leur état d'avancement sont suivis sur notre comparateur de candidats.
Quels sont les plafonds de dépenses autorisés ?
Les campagnes présidentielles sont strictement plafonnées. Pour 2027 :
- 16,85 millions d'euros pour les candidats présents uniquement au premier tour (plafond de base de 13,7 M€ multiplié par le coefficient légal de 1,23)
- 22,5 millions d'euros pour les deux finalistes du second tour
Ces plafonds englobent l'intégralité des dépenses : déplacements, sondages, communication digitale et papier, salaires des équipes de campagne, organisation de meetings. Les dépenses engagées par les partis en soutien au candidat doivent également figurer en annexe. En 2022, l'ensemble des candidats avait dépensé 83,5 millions d'euros au total, dont 42,2 millions remboursés par l'État.
D'où peut venir l'argent d'une campagne présidentielle ?
Les sources de financement sont strictement encadrées par le Code électoral.
Les dons de particuliers
Chaque citoyen peut donner jusqu'à 4 600 euros à un candidat. Ces dons transitent obligatoirement par le mandataire financier et ouvrent droit à une réduction d'impôt de 66 % pour le donateur, dans la limite de 20 % du revenu imposable.
Les contributions des partis politiques
Un parti politique peut financer la campagne de son candidat, à condition que ses propres comptes soient réguliers. C'est historiquement la principale source de financement des grandes campagnes.
Les prêts bancaires
Un candidat peut contracter un emprunt, mais uniquement auprès d'établissements de crédit situés dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. Les banques extérieures à l'UE sont formellement interdites. Les prêts sans intérêt sont également prohibés sauf exception jurisprudentielle. En 2022, Marine Le Pen avait dû se tourner vers une banque hongroise, faute d'obtenir un crédit auprès des banques françaises.
Ce qui est interdit
Aucune entreprise privée, aucune association, aucun État étranger ne peut financer une campagne présidentielle française. La CNCCFP attire explicitement l'attention dans son guide 2026-2027 sur les risques d'ingérence étrangère par interposition de tiers ou prestations de services déguisées.
Qui contrôle les comptes de campagne ?
La CNCCFP est le gendarme du financement électoral. Une fois les comptes déposés, au plus tard le neuvième vendredi suivant le second tour , , elle dispose de six mois pour rendre sa décision :
- Approbation : le compte est conforme, le remboursement de l'État est accordé.
- Réformation : des corrections sont imposées, mais le candidat reste remboursé.
- Rejet : irrégularités graves, perte du droit au remboursement et saisine du Conseil constitutionnel.
Nicolas Sarkozy en a fait l'amère expérience en 2012 : son compte avait été rejeté pour dépassement du plafond, le privant de tout remboursement sur une dépense de campagne de près de 23 millions d'euros. Les comptes validés sont publiés au Journal officiel.
Comment l'État rembourse-t-il les candidats ?
Le remboursement public est conditionné au score obtenu et au respect des règles :
- Moins de 5 % des voix au 1er tour : remboursement plafonné à 800 000 euros.
- 5 % ou plus au 1er tour : remboursement pouvant atteindre 47,5 % du plafond de premier tour (environ 8 millions d'euros).
- Finalistes du 2nd tour : remboursement calculé sur le plafond majoré à 22,5 millions d'euros.
En 2022, Valérie Pécresse (LR) n'avait obtenu que 4,78 % des voix, manquant de peu le seuil des 5 % et ne pouvant prétendre qu'au remboursement minimal. Les dépenses de campagne non remboursées ont fragilisé durablement les finances du parti, une leçon que toutes les formations politiques ont bien retenue à un an de 2027. Retrouvez tous les enjeux programmatiques dans notre guide de l'électeur.
Ce que cela change concrètement pour la course à l'Élysée en 2027
L'ouverture des comptes le 1er avril 2026 produit trois effets politiques majeurs et immédiats.
Elle formalise l'entrée en campagne. Impossible désormais de financer une tournée nationale sous couvert d'activité partisane ordinaire : chaque dépense en vue de 2027 doit être tracée. Cette transparence forcée modifie le rythme et la visibilité de la campagne pour tous les observateurs.
Elle pénalise les retardataires. Les Républicains, toujours en discussion en avril sur leur mode de désignation (primaire ouverte, primaire fermée ou nomination directe de Bruno Retailleau), risquent de ne pas pouvoir intégrer des dépenses engagées avant la désignation officielle d'un mandataire. Chaque semaine de retard est une semaine de dépenses potentiellement non-traçables.
Elle crée un cas de figure inédit avec le RN. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, un parti doit gérer simultanément deux candidats potentiels pour un même compte de campagne. Le RN note tout depuis le 1er avril sans savoir encore sous quel nom les dépenses seront imputées, un exercice juridique et comptable sans précédent.
Suivez toute l'actualité de la présidentielle 2027 dans notre Gazette ÉlyséeScope, mise à jour quotidiennement.
Sources officielles
- CNCCFP, Guide à l'usage des candidats et de leur mandataire, édition 2026-2027 (cnccfp.fr)
- Code électoral, articles L52-3-1 à L52-17, légifrance.gouv.fr
- Vie-publique.fr, Election présidentielle : comment est financée la campagne électorale ?
- Conseil constitutionnel, Le financement de la campagne des candidats à l'élection présidentielle
- Public Sénat, Ouverture des comptes de campagne au 1er avril, 1er avril 2026
- France Info, Présidentielle 2027 : à un an de l'échéance, les comptes de campagne sont déjà ouverts, 4 avril 2026
- Le Parisien, Dépenses, dons, ingérences : La Commission dévoile ses règles, 2 avril 2026